Epilogue

J’étais bien au chaud. Confortablement installé, j’avais tout ce que l’on peut rêver et ne désirais rien de plus au monde que de rester là. Là où le monde ne me voyait pas. Où je n’étais qu’un concept, qu’une idée encore, pas très tangible. Je restais sans bouger, me balançant de droite à gauche. Nage stagnante. Aucun but dans la vie, aucune finalité. Rien. Etre. L’air ne m’étouffait pas. Il me nourrissait. J’étais vierge de toutes émotions. De toutes envies, de tout besoin. Tout n’était que bonheur et nourriture. Bouffer et dormir ! Le pied ! Surtout ne pas penser. Surtout ne pas me faire remarquer. Rester planqué. Là.

Imaginez-vous au lit, le lit le plus douillet du monde, le lit le plus grand de tous les lits, avec des oreillers toujours tournés du bon coté, et vous, sous les couettes, sur un nuage de plumes, dans un océan de moelleux. Vous êtes nu.  Le corps lisse, un corps qui n’a pas été marqué par le temps, pas une ride, pas une vergeture, pas une égratignure,  pas une seule blessure, pas de bouton d’acné ni de cellulite, pas d’ongles mordus ou d’ampoule au pied. Aucune sensation autre que celle d’être bien. A l’aise, sans que rien ne vous fasse mal, ni le gros doigt d’pied, ni la pointe des cheveux.

Imaginez maintenant, qu’il y est un plateau sur ce grand lit, un plateau en porcelaine blanche sur lequel serais posé toutes les saveurs du monde. Un plateau qui ne se désemplirait jamais. Vous n’avez qu’à tendre le bras. Les aliments ne collent pas, ne tachent pas, ils ne sont pas difficile à mâcher. Ils se laissent avalés, dévorés comme leur destin le doit. Tout est d’une fluidité enivrante. La confiture se mange sans pain, sans cuillère. Le Nutella ne reste pas collé aux doigts. Les pêches ne dégoulinent pas sur les draps. Les frites sont salées, ni trop, ni trop peu. Aucune miette de croissant dans le lit. Les escargots n’ont pas de coquilles, la viande pas de nerfs, les poisons pas d’arrêtes.

Imaginez que vous êtes un dimanche matin. Imaginez que tout les jours soit des dimanches matins. Imaginez qu’il n’y ait pas de Lundi. Pas de factures à payer, pas de maison à nettoyer, pas de poubelles à sortir, pas de devoirs à faire, pas de rendez vous, pas de mal de crâne, pas de linge à repasser, pas de problèmes de famille, pas de dispute, pas une autre moitié de couple a satisfaire. Imaginez que tout ce qui vous fait chier dans la vie, n’existe pas. Rien, pas même l’ombre d’un ennui à l’horizon, juste ce lit. Ce lit là avec dessus un plateau de porcelaine blanche. Imaginez que vous passez la plupart de  votre temps à dormir. Imaginez que vous ne culpabilisez pas de passer vos journées au lit. De passer des heures entières à planer. Et quand vous ne dormez pas, vous mangez. Vous mangez même en dormant. Vous ne vous préoccupez pas des kilos en trop, de bourrelets mal placé, de ce que vont dire les autres. Ils n’existent pas. Vous n’y pensez même pas. Dans la plus confortable bulle au monde : Vous profitez ! Et comme ça, aussi, des fois, pour rien, vous faites des pirouettes. Et hop !

Je dormais et je m’empiffrais à longueur de journée et j’étais bien. Cela ne pouvait durer. On m’attendait. J’étais en retard. Je m’en foutais. Pas envie d’y aller. Quelque chose me disait que dehors il ferait froid, que dehors ce ne serait pas aussi confortable. Que dehors, il faudrait faire des choses… Pff !

Alors on m’a sortie par la peau du cul ! Littéralement. Je refusais de quitter mon lit donc ils m’ont forcés.

On m’a tapez sur le cul !

J’ai senti quelque chose me remplir de l’intérieur. Un vide. Je me remplissais de vide !

J’ai hurlé.

Mon premier cri. Ma première blessure.

Ça commençait mal.

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Written by Jeronimo

This is nothing more than the witty rumblings of a Fairy (Capital F) who tells it like it is...Erm, thinks it is... or well, just dreams it. After escaping the evil grip of abismal Moscow (where the saga started - see the GULAg episodes), our Fairy found himself in the...
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